République centrafricaine : Bangui accepterait des migrants expulsés par les États-Unis
La République centrafricaine aurait accepté d’accueillir des migrants de pays tiers expulsés par les États-Unis, selon des sources citées par Reuters. L’accord, encore peu détaillé, s’inscrit dans la politique américaine de renvois vers des pays africains, une pratique dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits des migrants.

La République centrafricaine pourrait devenir l’un des nouveaux pays africains d’accueil pour des migrants expulsés par les États-Unis. Selon deux sources citées par Reuters, Bangui a accepté de recevoir des ressortissants étrangers renvoyés par Washington, même lorsqu’ils ne sont pas centrafricains.
L’arrangement aurait été discuté le 18 mai à Bangui, lors d’une rencontre entre un responsable centrafricain et une délégation américaine conduite par Christian Jové Ehrhardt, responsable au département d’État américain chargé des questions de population, de réfugiés et de migration. Les autorités centrafricaines et le département d’État n’ont pas officiellement commenté ces informations.
Une politique américaine de plus en plus contestée
Cette possible entente s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration américaine, qui cherche à accélérer les expulsions de migrants vers des pays tiers. Washington a déjà envoyé ou négocié l’envoi de personnes expulsées vers plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo, le Ghana, la Sierra Leone et la Guinée équatoriale.
Cette politique est très critiquée par les défenseurs des droits humains. Dans plusieurs cas, des migrants visés par ces renvois avaient obtenu des protections juridiques aux États-Unis contre une expulsion vers leur pays d’origine, en raison de risques de persécution ou de mauvais traitements. Les associations craignent que les accords avec des pays tiers permettent de contourner ces protections.
Des zones d’ombre sur les expulsions
Pour l’heure, plusieurs questions restent sans réponse : combien de migrants pourraient être envoyés en Centrafrique, de quelles nationalités seraient-ils, et à quelle date les premiers vols pourraient-ils avoir lieu ? Reuters indique qu’un jugement récent a déjà bloqué le renvoi d’un ressortissant turc qui devait être envoyé en République centrafricaine.
L’Organisation internationale pour les migrations devrait apporter une assistance aux personnes concernées à leur arrivée. L’OIM a reçu un financement américain de 85 millions de dollars pour ses opérations en République centrafricaine, selon Reuters.
Dans un pays encore marqué par l’instabilité, la pauvreté et une forte dépendance à l’aide internationale, l’éventuel accueil de migrants expulsés par les États-Unis risque d’ouvrir un débat sensible. Pour Bangui, cet accord pourrait renforcer ses relations avec Washington. Pour les organisations de défense des migrants, il pose surtout une question de principe : peut-on renvoyer des personnes vers un pays avec lequel elles n’ont parfois aucun lien, simplement pour accélérer leur éloignement du territoire américain ?


