Gaza : un convoi humanitaire bloqué en Libye, onze membres de Sumud détenus près de Benghazi
Partie d’Algérie début mai pour tenter de rejoindre Gaza, la caravane humanitaire Sumud est à l’arrêt aux portes de l’est libyen, contrôlé par les forces du maréchal Khalifa Haftar. Onze de ses membres sont détenus depuis près de deux semaines dans la région de Benghazi, selon l’organisation, qui dénonce une répression croissante des initiatives de soutien aux Palestiniens.

Le convoi humanitaire Sumud n’a jamais pu franchir l’est de la Libye. Parti le 8 mai de Sétif, en Algérie, avec l’objectif de se rapprocher de Gaza, le mouvement s’était progressivement élargi au fil de son trajet, jusqu’à réunir près de 1 800 personnes. Mais son avancée a été stoppée le 24 mai aux abords des zones contrôlées par les forces du maréchal Khalifa Haftar.
Depuis, onze membres de la caravane sont détenus dans la région de Benghazi, selon Sumud. L’organisation affirme qu’ils sont maintenus au secret, sans accès à un avocat, et s’inquiète de leur état de santé. Plusieurs d’entre eux auraient entamé, lundi 1er juin, une grève de la faim et de la soif pour protester contre leurs conditions de détention.
Une délégation venue négocier, puis arrêtée
La crise a commencé lorsqu’une délégation d’une dizaine de membres de Sumud s’est approchée de Syrte pour tenter d’ouvrir des discussions avec les autorités locales. Selon Mohamed Ghazali Khous, ambassadeur de l’organisation en France, les militants pensaient engager un dialogue, notamment avec le Croissant-Rouge libyen.
Mais la rencontre aurait tourné court. Au lieu d’être reçus officiellement, les membres de la délégation auraient été contraints de monter dans des véhicules banalisés avant de disparaître. Sumud parle d’arrestations arbitraires et réclame des garanties sur leur sécurité.
Cette rupture intervient alors que des premiers échanges avaient eu lieu avec les autorités libyennes. Le ton aurait ensuite brutalement changé, aussi bien du côté de l’est libyen, contrôlé par Haftar, que du gouvernement basé à Tripoli, qui aurait expulsé les autres participants du convoi.
Le soutien à Gaza sous pression
Pour Sumud, le sort de la caravane dépasse le simple blocage administratif. L’organisation y voit le signe d’un durcissement contre les expressions publiques de solidarité avec Gaza, dans un contexte régional déjà très tendu.
Les arrestations sont survenues au moment où l’interception d’une flottille par les forces israéliennes suscitait une vive indignation internationale. Selon les militants, les pressions exercées sur les pays de transit se seraient renforcées dans la foulée, afin d’empêcher toute nouvelle initiative susceptible de mettre Israël sous pression.
La situation place aussi la Libye dans une position délicate. Fragmenté entre autorités rivales, le pays reste un territoire de passage stratégique pour plusieurs mobilisations régionales. Mais l’affaire Sumud montre les limites de ces initiatives lorsqu’elles traversent des zones contrôlées par des forces politiques et militaires aux agendas divergents.
Pour les familles des personnes arrêtées et les responsables de la caravane, l’urgence est désormais d’obtenir des nouvelles fiables des détenus, l’accès à une défense juridique et leur libération. En attendant, le convoi humanitaire reste bloqué, loin de Gaza, mais au cœur d’un bras de fer politique qui dépasse largement les frontières libyennes.


