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Ukraine : les drones frappent Saint-Pétersbourg, la guerre entre dans une nouvelle phase

En visant Saint-Pétersbourg et sa région, l’Ukraine montre qu’elle peut désormais porter la guerre très loin du front, jusqu’aux abords de la deuxième ville de Russie. Ces attaques de drones ne changent pas encore l’équilibre militaire général, mais elles modifient la psychologie du conflit : le territoire russe profond n’apparaît plus hors d’atteinte.

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De la fumée s’élève dans le ciel de Saint-Pétersbourg, mercredi, après une attaque de drone ukrainien.
De la fumée s’élève dans le ciel de Saint-Pétersbourg, mercredi, après une attaque de drone ukrainien.STRINGER / REUTERS

La guerre en Ukraine ne se joue plus seulement dans les tranchées du Donbass, autour de Kharkiv ou dans les villes ukrainiennes bombardées par Moscou. Elle se joue aussi, désormais, à plus de mille kilomètres du front, dans le ciel de Saint-Pétersbourg et de sa région.

Ces derniers jours, l’Ukraine a mené plusieurs attaques de drones contre des cibles situées dans le nord-ouest de la Russie. Le 3 juin, des drones ukrainiens ont frappé un terminal pétrolier à Saint-Pétersbourg et une installation navale à Kronstadt, près de la ville, selon Reuters. L’agence précise avoir pu vérifier la localisation de l’attaque et le modèle du navire visé, tout en indiquant ne pas pouvoir confirmer l’ampleur exacte des dégâts.

Samedi 6 juin, une nouvelle attaque de grande ampleur a visé Saint-Pétersbourg et sa région. Les autorités russes ont affirmé avoir abattu plus de 370 drones sur l’ensemble du territoire, dont 141 dans la région de Leningrad. À Saint-Pétersbourg, les autorités locales ont demandé aux habitants de rester chez eux, tandis que trois personnes auraient été légèrement blessées.

Une guerre de distance et d’usure

Ces frappes ne signifient pas que l’Ukraine peut renverser rapidement le rapport de force militaire. La Russie conserve une supériorité en missiles, en drones d’attaque et en profondeur stratégique. Mais elles montrent que Kiev a développé une capacité de frappe longue portée de plus en plus structurée.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que des drones ukrainiens avaient parcouru environ 1 000 kilomètres pour atteindre des cibles russes, notamment des installations navales à Kronstadt, ainsi qu’un dépôt pétrolier dans la région de Krasnodar.

L’objectif ukrainien est double. D’abord, frapper des infrastructures utilisées par l’effort de guerre russe : bases navales, dépôts de carburant, terminaux pétroliers, sites militaires ou logistiques. Ensuite, envoyer un message politique à Moscou : tant que la Russie bombarde les villes ukrainiennes, Kiev cherchera à rendre la guerre visible sur le sol russe.

Cette stratégie répond aussi à l’intensification des frappes russes. Début juin, Moscou a lancé l’une de ses plus lourdes attaques aériennes contre l’Ukraine, touchant notamment Kyiv, Dnipro et Kharkiv, avec des dizaines de morts et de blessés selon les autorités ukrainiennes.

Saint-Pétersbourg, symbole plus que cible ordinaire

Le choix de Saint-Pétersbourg n’est pas anodin. Deuxième ville de Russie, ancienne capitale impériale, vitrine culturelle et économique du pays, elle est aussi associée personnellement à Vladimir Poutine, qui y est né et y a construit une partie de son réseau politique.

Frapper cette zone pendant la tenue du grand forum économique de Saint-Pétersbourg ajoute une dimension symbolique. L’événement, souvent présenté comme le “Davos russe”, sert au Kremlin à afficher la résistance de son économie malgré les sanctions occidentales. Voir des drones atteindre la région au même moment fragilise cette image de contrôle.

C’est aussi une manière pour l’Ukraine de contourner l’impasse du front. Sur la ligne de contact, les avancées sont souvent lentes, coûteuses et limitées. Les drones longue portée offrent à Kiev un autre moyen de pression : toucher l’arrière russe, compliquer la logistique, forcer Moscou à disperser ses défenses antiaériennes et rappeler à la population russe que la guerre n’est pas lointaine.

La Russie, de son côté, cherche à minimiser l’impact militaire de ces attaques en insistant sur le nombre de drones interceptés. Mais le simple fait que Saint-Pétersbourg doive adapter sa sécurité, que des habitants soient appelés à rester chez eux et que des sites stratégiques soient visés montre que le conflit s’étend dans la profondeur russe.

Une escalade sans perspective politique claire

Cette nouvelle phase intervient alors que les discussions diplomatiques restent bloquées. Vladimir Poutine a récemment rejeté l’idée d’une rencontre directe avec Volodymyr Zelensky, estimant qu’il n’y avait “pas de raison” de se rencontrer à ce stade, selon The Guardian. Le président russe continue d’affirmer que Moscou poursuivra ses objectifs militaires, notamment dans le Donbass.

Dans ce contexte, les frappes de drones deviennent une forme de langage stratégique. La Russie bombarde les villes ukrainiennes pour épuiser le pays, briser ses infrastructures et affaiblir son moral. L’Ukraine répond en cherchant à frapper des cibles russes éloignées, pour montrer que Moscou ne peut pas mener une guerre longue sans en subir directement les conséquences.

Le danger est que cette logique installe une guerre de représailles permanentes. Plus les drones ukrainiens frappent loin, plus la Russie peut intensifier ses propres attaques contre les villes et les infrastructures ukrainiennes. Plus Moscou frappe, plus Kiev cherchera à démontrer qu’elle peut atteindre le cœur du dispositif russe.

La guerre entre donc dans une phase plus technologique, plus dispersée et plus psychologique. Les drones ne remplacent pas les soldats au front, mais ils déplacent une partie de la pression vers l’arrière. Ils transforment les raffineries, les ports, les bases navales et les centres logistiques en cibles permanentes.

Pour l’Ukraine, c’est une manière de compenser son infériorité en aviation et en missiles lourds. Pour la Russie, c’est un défi de sécurité intérieure et de défense aérienne sur un territoire immense. Et pour les civils, des deux côtés, c’est le signe que la guerre s’éloigne de plus en plus d’un affrontement localisé pour devenir une confrontation de longue portée.

Saint-Pétersbourg n’est pas tombée sous les bombes. Mais le message ukrainien est clair : aucune ville stratégique russe ne peut plus se croire totalement hors de portée. C’est cette réalité, plus que l’ampleur exacte des dégâts, qui marque une nouvelle étape dans le conflit.