Mali : les grosses motos interdites hors des villes pour freiner les groupes armés
Les autorités maliennes ont interdit la circulation des motos de 125 cm³ et plus en dehors des grandes agglomérations. Une mesure sécuritaire destinée à réduire la mobilité des groupes armés, qui utilisent largement les deux-roues pour se déplacer, se ravitailler et mener des attaques rapides dans les zones rurales.

Au Mali, les autorités de transition resserrent encore l’étau sécuritaire. Par un arrêté interministériel signé le 3 juin à Bamako, elles ont suspendu la circulation des motos d’une cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ en dehors des grandes agglomérations. La mesure s’applique sur l’ensemble du territoire national, avec des exceptions pour Bamako, les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement.
L’objectif affiché est clair : limiter les capacités de déplacement des groupes armés. Dans plusieurs zones du Sahel, les motos sont devenues un outil central pour les combattants jihadistes et les groupes rebelles. Elles permettent de circuler rapidement sur des pistes difficiles, d’éviter certains axes contrôlés, de transporter des hommes, des armes ou du ravitaillement, puis de se disperser après une attaque.
Une réponse à la mobilité des groupes armés
Cette décision intervient dans un contexte sécuritaire toujours très tendu. Le Mali fait face depuis des années à l’action de groupes liés à al-Qaïda et à l’organisation État islamique, particulièrement actifs dans le centre et le nord du pays, mais aussi de plus en plus menaçants dans certaines régions du sud. Les convois, les infrastructures, les postes militaires et les populations civiles restent régulièrement visés.
Les autorités ont également créé 35 “zones d’intérêt militaire”, principalement dans des espaces forestiers du centre, du sud et de l’ouest du pays. Ces zones sont désormais interdites aux civils et placées sous surveillance renforcée, car elles sont considérées comme de possibles refuges ou points d’appui pour les groupes armés.
La mesure sur les motos vise donc à priver les combattants d’un moyen de mobilité simple, peu coûteux et difficile à contrôler. Dans les attaques les plus spectaculaires, les groupes armés peuvent se déplacer en colonnes de motos, frapper rapidement puis se replier dans des zones rurales ou boisées.
Une mesure qui pèsera aussi sur les civils
Mais cette interdiction risque aussi d’avoir un impact important sur la vie quotidienne. Dans de nombreuses localités rurales, la moto n’est pas un luxe : c’est souvent le principal moyen de transport pour aller au marché, rejoindre un centre de santé, transporter des marchandises ou relier des villages éloignés.
C’est toute la difficulté de cette décision. Elle peut gêner les groupes armés, mais elle peut aussi compliquer les déplacements de populations déjà fragilisées par l’insécurité, la pauvreté et l’isolement. Dans certaines zones, les habitants pourraient se retrouver davantage dépendants des autorités locales pour obtenir des dérogations ou des solutions de transport alternatives.
Le gouvernement malien mise toutefois sur l’effet sécuritaire immédiat. En réduisant la circulation des motos puissantes hors des villes, Bamako espère rendre plus difficile l’organisation des attaques, le ravitaillement des combattants et leur capacité à se fondre rapidement dans les espaces ruraux.
Reste à savoir si cette mesure suffira. Les groupes armés au Mali ont souvent montré leur capacité d’adaptation, en changeant de routes, de méthodes ou de moyens logistiques. L’interdiction des grosses motos peut donc freiner certains mouvements, mais elle ne réglera pas à elle seule les causes profondes de l’insécurité : contrôle limité de l’État dans plusieurs zones, pression jihadiste, rivalités armées, pauvreté rurale et faiblesse des services publics.
Pour les autorités maliennes, cette décision marque néanmoins une volonté de reprendre l’initiative sur le terrain. Pour les populations, elle ouvre une nouvelle période d’incertitude : celle où la sécurité recherchée par l’État risque aussi de rendre la vie quotidienne plus difficile hors des grandes villes.


