Sénégal : Ousmane Sonko accuse Diomaye Faye d’avoir rompu le pacte fondateur du Pastef
À Dakar, Ousmane Sonko accuse Bassirou Diomaye Faye d’avoir trahi les engagements du Pastef et évoque les sacrifices consentis par ses militants. En parallèle, il fixe l’objectif d’un million d’adhérents en vue de la présidentielle de 2029.

Le président du Pastef et de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a franchi un nouveau palier dans son affrontement avec le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. Lors d’une cérémonie d’adhésions et de fusions de partis organisée samedi 6 juin à Dakar, il a accusé le président de la République d’avoir « rompu le pacte de la bonne gouvernance pour lequel des personnes ont perdu la vie ».
En faisant référence aux militants et sympathisants tués durant les années de confrontation entre le Pastef et l’ancien régime, Sonko a donné une dimension morale et historique à la crise qui l’oppose désormais à son ancien compagnon politique. Il estime que les engagements ayant porté l’accession du parti au pouvoir ont été abandonnés.
Cette sortie intervient deux semaines après son éviction de la Primature, le 22 mai 2026, au lendemain du premier congrès ordinaire du Pastef tenu à Diamniadio. Depuis sa nomination à la présidence de l’Assemblée nationale le 26 mai, il s’agit de sa deuxième prise de parole publique majeure après sa conférence de presse du 2 juin. À cette occasion, il avait confirmé l’existence du « protocole du Cap Manuel », un accord conclu durant leur détention qui prévoyait la candidature de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle de 2024, avant celle de Sonko en 2029.
Le président de la République a toujours rejeté cette version. Le 2 mai dernier, il affirmait qu’« il n’y a pas eu de pacte avec Ousmane Sonko », une position réitérée récemment par son ministre-conseiller Aldiouma Sow.
Le Pastef se prépare à 2029 sur fond de recomposition politique
Face à ses partisans, Ousmane Sonko a également affiché ses ambitions pour les prochaines échéances électorales en annonçant son objectif de porter le Pastef à un million de militants d’ici à l’élection présidentielle de 2029. Selon les responsables du parti, la cérémonie a enregistré le ralliement de plus de soixante organisations politiques, certaines optant pour une fusion complète, d’autres préférant conserver leur autonomie au sein de la coalition.
Cette démonstration de force intervient au lendemain du premier congrès ordinaire du Pastef à Diamniadio, où Sonko était l’unique candidat à la présidence du parti. Les délégués venus du Sénégal et de la diaspora y ont adopté une charte idéologique, un document d’orientation stratégique ainsi qu’une résolution générale. Avant l’événement, Sonko avait présenté ce congrès comme une étape destinée à transformer le Pastef en une formation politique pleinement structurée, tandis que plusieurs observateurs y voyaient déjà le lancement officieux de sa candidature pour 2029.
Dans le même temps, les tensions persistent entre le Pastef et le nouvel exécutif dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Bien que plusieurs cadres du parti aient intégré le gouvernement formé le 1er juin, la direction du Pastef avait officiellement appelé au boycott en raison de désaccords sur sa composition. Les responsables concernés font désormais l’objet de procédures disciplinaires.
Au-delà des rivalités politiques, les divergences entre Sonko et Diomaye Faye portent également sur des questions de gouvernance économique, notamment la gestion de la dette publique et les relations avec le Fonds monétaire international. Ces désaccords alimentent une rupture qui redessine progressivement les équilibres du pouvoir à trois ans de la prochaine présidentielle.


